Vos patients ont-ils un problème de jeu ?

L’expansion des établissements de jeu en Ontario est une source de préoccupations pour les professionnels des soins de santé en ce qui concerne les méfaits potentiels du jeu, tant au niveau des personnes individuelles que des communautés. Le développement de l’industrie du jeu s’accompagne d’une augmentation du nombre de personnes ayant un problème de jeu. Lorsqu’une personne ne se sent pas bien – physiquement, émotionnellement ou mentalement – elle s’adresse souvent d’abord à son médecin. Or, un patient ne fait généralement pas le lien entre son problème de santé et le jeu. Selon une étude sur les établissements de soins primaires du Wisconsin menée par Pasternak (1999), plus de 80% des patients s’étaient adonnés au jeu et 6,2% répondaient aux critères d’un diagnostic de troubles liés au jeu. Le jeu problématique peut affecter la santé physique et psychologique d’un patient, de membres de sa famille et d’autres personnes de son entourage. Les médecins sont donc bien placés pour identifier les patients qui ont des problèmes de santé liés au jeu et leur venir en aide.

Élargissement du rôle des fournisseurs de soins de santé

Le gouvernement de l’Ontario est en train de changer la façon dont les soins de santé sont fournis en Ontario. Les nouveaux Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), sociétés à but non lucratif, travaillent avec des fournisseurs de soins de santé locaux et des membres de communautés pour établir les priorités des régions en matière de soins de santé. Le rôle des RLISS est de planifier, de financer et d’intégrer les services de santé locaux. En outre, le gouvernement a financé des équipes Santé familiale interdisciplinaires, formées de médecins et d’autres fournisseurs de soins de santé (p. ex., infirmières praticiennes, infirmières, travailleurs sociaux, conseillers en santé mentale et en toxicomanie) qui travaillent ensemble pour venir en aide à davantage de patients atteints d’un plus grande nombre de problèmes de santé. Ce nouveau modèle de soins de santé permettra à de plus en plus de personnes ayant un problème de toxicomanie et de santé mentale d’avoir accès à un médecin de premier recours pour obtenir un traitement. Par conséquent, les travailleurs en soins primaires participeront de façon plus étroite aux processus d’identification, de soutien et d’orientation de ces patients, dont certains auront un problème de jeu.

Aperçu des jeux de hasard et du jeu problématique

Selon un sondage récent mené par le Conseil du jeu responsable (Wiebe, 2005), 63,3% des Ontariens jouent au moins une fois par an. Bien que la majorité d’entre eux le fassent de façon responsable, certains connaissent des problèmes de jeu. Dans la même étude, 253 857 Ontariens ont connu un problème de jeu modéré et 78 110 un problème grave. De plus, 5,8% d’entre eux étaient classés comme étant « à risque » de développer un problème de jeu. Pour chaque personne touchée par le jeu problématique, on estime que six souffrent des effets nuisibles de leur comportement de jeu, soit près d’un million d’Ontariens.

Le terme « jeu pathologique », tel que défini dans le DSM-IV, désigne le type le plus grave de comportement de jeu excessif ou destructif, tandis que « jeu problématique » désigne un type moins grave de comportement de jeu qui nuit aux activités quotidiennes d’une personne.

Comment le jeu problématique affecte‑t‑il la santé ?

Le jeu problématique ne se limite pas au fait de perdre de l’argent. Bien qu’un problème de jeu puisse affecter la santé physique, émotionnelle et mentale d’une personne, un patient fait rarement le lien entre ses comportements de jeu et ses problèmes de santé. Un nombre considérable de personnes sont touchées par le jeu problématique et souffrent également des effets de troubles concomitants liés à l’abus d’alcool et de dogues ainsi que des effets de troubles psychiques (p. ex., trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA), dépression, anxiété). Le médecin qui comprend ces symptômes, leur impact et la dynamique du jeu problématique est davantage en mesure d’évaluer de façon efficace le problème du patient et d’intervenir de façon appropriée dans le traitement ou l’orientation de ce dernier.

Le rôle des professionnels de la santé

Les médecins peuvent jouer un rôle clé dans le traitement d’un problème de jeu en reconnaissant les premiers signes du jeu problématique et en fournissant des ressources utiles à leurs patients pour leur permettre de trouver de l’aide. L’identification de patients ayant un problème de jeu fait partie d’un ensemble de soins de santé que fournissent les médecins. En tant que fournisseur de soins de santé, un médecin doit, entre autres, prendre en charge des patients atteints de troubles concomitants liés à l’abus d’alcool et de dogues ; ce rôle devrait donc inclure également les patients atteints d’un problème de jeu. Grâce au contact régulier et à long terme qu’ils entretiennent avec leurs patients, les médecins de premier recours occupent une position unique leur permettant d’identifier les patients qui pourraient être aux prises avec un problème de jeu et de leur fournir de l’information, un traitement et une orientation. Le dépistage précoce du jeu problématique permet d’améliorer les résultats de traitements et de réduire les méfaits qui peuvent affecter un patient et sa famille.

Dépistage : signes et symptômes

La présence d’un problème de jeu s’accompagne de divers signes, entre autres : maux de tête ou de dos ; troubles gastro-intestinaux ; insomnie ; problèmes de régime alimentaire et de nutrition. Des problèmes de santé mentale comme la dépression, l’anxiété, un sommeil perturbé et d’autres symptômes physiques associés au stress peuvent aussi découler du jeu problématique. Il faudrait systématiquement incorporer des questions sur les habitudes de jeu aux évaluations de patients, au même titre que les questions sur l’usage d’alcool et de tabac, surtout lorsqu’un patient présente des facteurs de risque, tel qu’un problème actuel ou passé d’usage de drogues, une dépression ou de l’anxiété (troubles concomitants). Les médecins de premier recours doivent penser à interroger leurs patients « à risque élevé » sur leurs habitudes de jeu.

Il existe plusieurs outils pour aider au dépistage. Le DSM-IV fournit une liste de critères diagnostiques du jeu pathologique regroupant 10 indicateurs de diagnostic. On peut établir un diagnostic de jeu problématique lorsqu’un patient présente trois comportements ou plus ; un score de 5 ou plus indique la présence probable de jeu pathologique.

CAMH a également mis au point une évaluation brève. Si un patient y obtient un score de 3 ou plus, vous pouvez être sûr qu’il a un problème de jeu.

Interventions

Les thérapeutes et conseillers ont recours à deux méthodes standard de traitement. La première est une thérapie brève axée sur la recherche de solutions ; il s’agit d’une intervention à court terme dont le but est d’aider le client à changer en identifiant des solutions immédiates à ses problèmes concrets. La deuxième méthode de traitement est une thérapie cognitivo-comportementale où on tente d’identifier les pensées non objectives du client et de les remplacer par des pensées et des croyances plus adaptives et rationnelles. Beaucoup de personnes ayant un problème de jeu sont également confrontées à toute une panoplie d’autres questions qui doivent aussi être abordées ; les troubles concomitants tels que la dépression, l’anxiété, le THADA et l’usage de drogues sont courants. En outre, les conséquences financières du jeu sont souvent la cause de conflits dans les relations d’un client. Les thérapeutes en jeu problématique peuvent également fournir un counseling aux familles qui souffrent financièrement et émotionnellement des habitudes de jeu d’un proche. Une orientation vers des services de counseling en crédit peut donc s’avérer utile. Les groupes d’entraide et de soutien comme Les Gamblers Anonymes et Gam-Anon offrent leurs services dans de nombreuses collectivités en Ontario.

Ressources : où trouver de l’aide

Le ministère de la Santé et des Soins de longue durée finance 49 organismes en Ontario qui fournissent des programmes spécialisés de traitement du jeu problématique. Ces programmes sont offerts gratuitement et comprennent un éventail de services, comme un counseling individuel, de groupe ou par téléphone. Le counseling est également offert aux familles lorsqu’un proche ayant un problème de jeu choisit de ne pas accéder à un  traitement. Pour des renseignements sur le programme le plus près de chez vous, appelez la Ligne ontarienne d’aide sur le jeu problématique en composant le 1 888 230‑3505.

Le site Internet ProblemGambling.ca, créé par le Projet sur le jeu problématique de CAMH, fournit des renseignements complets, conçus pour plusieurs publics, y compris les personnes ayant un problème de jeu, les personnes préoccupées par le problème de jeu d’un proche, les membres de professions apparentées (médecins, conseillers en toxicomanie, travailleurs sociaux et conseillers en finances), ainsi que les chercheurs et autres personnes qui s’intéressent au jeu problématique.

Pour de plus amples renseignements sur les programmes et services du Projet sur le jeu problématique de CAMH, composez le 416 535‑8501, poste 4550.

Références

Pasternak, A.V. et M.F. Fleming. « Prevalence of gambling disorders in a primary care setting », Archives of Family Medicine, no 8 (1999), p. 515‑520.

Wiebe, J., P. Mun et N. Kauffman. Gambling and Problem in Ontario 2005. Conseil du jeu responsable, Toronto, 2006.

Ministère de la Santé et des Soins de longue durée : http://www.health.gov.on.ca/

Dépistage et traitement du jeu problématique : renseignements pour les médecins

Nous avons affiché deux articles sur notre site avec la permission de la Ontario Medical Association : « Problem Gambling – Part I: Patient Screening and Assessment » et « Problem Gambling – Part II: Treatment and Referral » (mars 2003 et juin 2003, Ontario Medical Review).

Problem Gambling –  Part I : Patient Screening and Assessment, par Colleen Tessier et Bruce Ballon, M.D., Projet sur le jeu problématique, Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) Références

 

Problem Gambling – Part II: Treatment and Referral, par Brenda Teasell et Bruce Ballon, M.D., FRCPC, Projet sur le jeu problématique, Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) Références

 

Dr Bruce Ballon, FRCPC, est directeur du Service de traitement de la toxicomanie chez les jeunes (CAMH) et chargé de cours à l’Université de Toronto. Psychiatre et auteur, le Dr Ballon est aussi récipiendaire de nombreux prix pour son travail en psychothérapie et en sciences humaines.

Brenda Teasell est thérapeute en jeu problématique et formatrice au Projet sur le jeu problématique (CAMH).

Colleen Tessier est coordonnatrice principale de projets de l’équipe du Projet sur le jeu problématique (CAMH). Elle travaille depuis 15 ans en promotion de la santé et en prévention auprès de communautés en Ontario, ainsi qu’à l’élaboration et à la dissémination de ressources et d’activités de formation individualisées pour les professionnels en promotion de la santé, en prévention et en toxicomanie.

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