Il existe deux méthodes principales de prévention pour les problèmes de jeu chez les jeunes :

  • réduire les méfaits potentiels pour les jeunes qui choisissent de s’adonner au jeu ;
  • renseigner les jeunes sur les ressources qui leur sont disponibles si jamais ils ont besoin d’aide.

La méthode habituelle pour prévenir les problèmes de jeu chez les jeunes consiste à réduire les risques en renforçant les facteurs de protection comme la cohésion familiale et l’appartenance à l’école, tout en améliorant les aptitudes d’adaptation des jeunes et leur milieu ambiant.

Cette philosophie, bien que contraire à la méthode traditionnelle de lutte contre les drogues consistant à « dire non à la drogue », met l’accent sur le renforcement du ressort psychologique chez les jeunes qui veulent continuer à s’adonner au jeu, et sur la recherche de solutions lorsqu’ils connaissent des difficultés.

Il est nécessaire de cibler les organismes pour les jeunes qui sont en mesure de sensibiliser ces derniers aux signes du jeu problématique et aux bienfaits d’un traitement, pour leur permettre de jouer un rôle plus actif. Le Youth Gambling Project (projet consacré à la dépendance des jeunes au jeu) du YMCA est un bon exemple d’organisme qui s’est engagé à sensibiliser les jeunes aux questions de jeu et à prévenir le jeu problématique.

La plupart des chercheurs sont d’accord pour dire qu’aucune stratégie de prévention n’est suffisante à elle seule. Baer, McLean et Marlatt (1998) soutiennent d’ailleurs qu’aucune méthode préventive contre l’usage abusif d’alcool ou d’autres drogues chez les adolescents n’a connu un succès total. Shepard (2004) et Dickson et coll. (2002) sont d’avis que cela s’applique également à la prévention du jeu.

Les programmes de prévention doivent également être adaptés au niveau de développement des jeunes ciblés. Les programmes axés sur l’abstinence peuvent mieux convenir aux jeunes enfants car ils retardent leur première expérience de jeu. Le modèle de l’abstinence peut toutefois avoir un effet négatif lorsqu’on l’applique aux adolescents plus âgés, car ces derniers sont généralement plus rebelles et plus critiques à l’égard de la société. La documentation à l’intention des jeunes n’offre pas beaucoup de recommandations en ce qui concerne les stratégies de prévention du jeu adaptées à l’âge. Dishion et coll. (1999) émettent une mise en garde : « Dans le cas des jeunes plus âgés, regrouper des adolescents antisociaux à des fins d’intervention serait associé à des résultats plus négatifs » (Dickson et coll., 2002, p. 143).

Rôle des parents en prévention

Le site Internet du Centre international de l’Université McGill d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes (www.youthgambling.com) donne les suggestions suivantes aux parents :

Avant tout, il faut parler à ses enfants. La communication avec un enfant ou un adolescent passe par l’écoute. Comme mesure de prévention, les parents doivent parler du jeu à leurs enfants pour s’assurer qu’ils comprennent les risques auxquels ils s’exposent lorsqu’ils s’adonnent au jeu. Encourager la conversation sur le jeu n’équivaut pas à approuver des comportements de jeu. En fait, une conversation peut aider les enfants à prendre des décisions éclairées sur leur propre comportement.

Il importe d’être conscient du fait que les enfants sont plus susceptibles de s’adonner au jeu s’ils voient des membres de leur famille le faire ou s’ils les entendent parler du jeu avec enthousiasme. Les parents doivent aider leurs enfants à comprendre que le jeu est une forme de loisir et non pas un moyen de gagner de l’argent et que, si agréable soit‑il, il comporte des risques. Limiter ou éliminer les activités de jeu à la maison et les remplacer par d’autres activités en famille peut contribuer à créer un milieu familial plus agréable.

Si vous soupçonnez que votre enfant s’adonne au jeu ou qu’il le fait de façon excessive, vous avez le choix entre de nombreuses options, dont une aide professionnelle. Suivez ces étapes générales :

  • Informez-vous sur le jeu et ses risques.
  • Soyez conscient de vos propres comportements et croyances à l’endroit du jeu.
  • Encouragez les discussions et questions sur le jeu.
  • Écoutez votre enfant.
  • Établissez des limites de temps, d’argent et de fréquence pour les activités de jeu si le problème en question n’est pas grave.
  • Cherchez une aide professionnelle si vous jugez que le problème est grave.

Dans le cadre de sa revue de diverses campagnes efficaces de marketing social ciblant l’usage d’alcool et de drogues parmi les jeunes, le Centre de McGill a formulé plusieurs recommandations pour les campagnes efficaces de prévention du jeu chez les jeunes (adaptées de Byrne et coll., 2004) :

  • Il est important d’effectuer une mise à l'essai auprès de groupes cibles afin de cerner les messages les plus pertinents pour les jeunes.
  • La sensibilisation aux effets négatifs sur la santé et la dénormalisation sont tous deux des outils efficaces pour changer les attitudes, connaissances et comportements des jeunes à l’égard des drogues.
  • La dénormalisation pourrait aussi jouer un rôle spécial dans la prévention du jeu en permettant la diffusion de statistiques sur les chances de gagner à un jeu de hasard en particulier.
  • Il est recommandé de créer au moins un message avec de jeunes acteurs.
  • Dans la mesure du possible, faire valoir des activités autres que le jeu. N’utiliser des messages axés sur la peur qu’avec prudence.
  • Les messages doivent cibler des groupes en particuliers en se basant sur certaines variables. L’âge serait un élément important à considérer.
  • Il pourrait être utile de cibler aussi bien les parents que les enfants et les adolescents.

Vous trouverez davantage de recommandations (en anglais) dans l’ouvrage intitulé An Examination of Social Marketing Campaigns for the Prevention of Youth Problem Gambling (Byrne et coll., 2004).

Il existe un grand nombre de programmes et de ressources en prévention, dont voici une liste récente pour l’Amérique du Nord :

  • Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission. Problem gambling: The healing circle. Edmonton (Alberta) : AADAC Resource Development and Marketing, 1996.
  • Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission. Spare time, spare cash: Teens talking about gambling (vidéo). Edmonton (Alberta) : AADAC Resource Development and Marketing, 1996.
  • Centre international d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes. The amazing château (CD-ROM). Montréal (Québec) : Université McGill, 2004.
  • Centre international d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes. Hooked city (CD-ROM). Montréal (Québec) : Université McGill, 2004
  • Centre international d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes. Les jeux sont faits (docudrame). Montréal (Québec) : Université McGill, 2006.
  • Centre international d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes. Le jeu chez les jeunes : atelier de sensibilisation et de prévention. Montréal (Québec) : Université McGill.
  • Centre pour la prévention et le traitement du jeu. Lucky: le hasard on ne peut rien y changer (vidéo). Sainte‑Foy (Québec) : Université Laval, 2001.
  • Connecticut Council on Problem Gambling. Teen gambling: Minor bettors, major problems (vidéo). Guilford (Connecticut) : Connecticut Council on Problem Gambling, 1995.
  • L. Fischer (directeur de programme). Gambling: Reducing the risks. Regina (Saskatchewan) : Saskatchewan Health and Saskatchewan Education, 1999.
  • Le Groupe Jeunesse. Moi, je passe (programme de sensibilisation à la dépendance au jeu et de prévention). Montréal (Québec) : Le Groupe Jeunesse, 2000.
  • J. MacDonald, Turner, N. et Somerset, M. Life skills, mathematical reasoning and critical thinking: Curriculum for the prevention of problem gambling (rapport de recherches). Guelph (Ontario) : Ontario Problem Gambling Research Centre, février 2007.
  • Minnesota Council on Compulsive Gambling. Wanna bet? (guide de curriculum et vidéo). Duluth (Minnesota) : North American Training Institute.
  • Nova Scotia Department of Health. Drawing the line: A resource for the prevention of problem gambling. Nouvelle‑Écosse : Nova Scotia Department of Health, Problem Gambling Services Division, 1997. Sur Internet : http://www.gov.ns.ca/HPP/addictionprevention.html
  • M. Pyle et Steingard, T. Pris au jeu : une pièce de théâtre sur le jeu chez les jeunes. Toronto (Ontario) : Conseil du jeu responsable.
  • Conseil du jeu responsable. Misez juste. Toronto (Ontario) : Conseil du jeu responsable, 2002.
  • Conseil du jeu responsable. Zone limite. Toronto (Ontario) : Conseil du jeu responsable.
  • H.J. Shaffer, Hall, M.N. et Vander Bilt, J. Facing the odds: The mathematics of gambling and other risks (ancien titre : Probability, statistics, and number sense in gambling and everyday life: A contemporary mathematics curriculum). Medford (Massachusetts) : Harvard Medical School Division on Addictions and the Massachusetts Council on Compulsive Gambling, 2000. Sur Internet : www.divisiononaddictions.org/curr/facing_the_odds.htm
  • R. Svendsen et Griffin, T. Improving your odds: A curriculum about winning, losing and staying out of trouble with gambling. Mounds View (Minnesota) : Minnesota Institute of Public Health, 1994.
  • R. Svendsen. Deal me in: Gambling trigger videos and posters. Mounds View (Minnesota) : Minnesota Institute of Public Health, 2000.
  • University of Lethbridge School of Health Sciences. High school and university gambling prevention and awareness programs. Lethbridge (Alberta) : University of Lethbridge School of Health Sciences, 2001.
  • YMCA. YMCA Youth gambling program. Toronto (Ontario) : YMCA.

Wiebe et Falkowski-Ham (2003) mettent en lumière certains éléments importants à prendre en considération lorsqu’il s’agit d’élaborer des politiques en matière de prévention du jeu. En voici un résumé :

  • « Les jeunes confèrent une signification différente aux termes « pari » et « jeu de hasard » : ils ont tendance à interpréter le dernier comme étant plus négatif, ce qui peut avoir d’importantes répercussions sur l’élaboration de messages ciblés. Il importe non seulement d’utiliser un langage approprié (dans ce cas précis, « pari »), mais aussi de renforcer l’idée que toute activité où l’on mise quelque chose qui a de la valeur peut devenir source de problèmes. »
  • « Les jeux de hasard sur Internet sont un phénomène de plus en plus inquiétant. Un phénomène connexe méritant également notre attention est l’usage potentiel de cartes de crédit prépayées par des jeunes voulant s’adonner à des jeux sur Internet. »
  • « Vu le grand nombre de jeunes dont les amis ont vécu ce genre de problème, il peut aussi être avantageux de cibler séparément ce groupe. Les renseignements fournis peuvent inclure des moyens d’éviter la pression par les pairs et des conseils que les jeunes peuvent donner à leurs amis en matière de jeu. »
  • « Un peu moins du quart des jeunes pensent que parier est « cool » et environ le tiers pensent que c’est une activité amusante, perceptions qui augmentent avec l’âge. En outre, les jeunes qui se disent populaires, chefs de file ou preneurs de risques sont plus susceptibles de s’adonner au jeu. Bien que ce phénomène exige une étude plus approfondie, il est possible que les messages ciblant les aspects désirables du jeu soient utiles. »
  • « On constate chez les jeunes un manque général de connaissances sur la probabilité. »
  • « La plupart des jeunes comprennent que le jeu peut créer des problèmes et reconnaissent que consacrer plus d’argent et de temps que prévu au jeu, ou encore emprunter ou voler à autrui, peut également entraîner des problèmes. Or, environ 25 % des jeunes ne pensent pas qu’il s’agisse là de signes avant‑coureurs du jeu, d’où le besoin de faire ressortir davantage ces derniers. Il est toutefois crucial que le langage et les exemples utilisés dans les messages soient adaptés au public cible. »
  • « Les parents étant des personnes influentes clés, il est important qu’ils se rendent compte de l’impact que leurs propres comportements et attitudes à l’égard du jeu ont sur leurs enfants. »
  • « Bien qu’il y ait eu des progrès dans la communication des renseignements aux jeunes, on a tendance à dépendre des écoles pour véhiculer ces renseignements. Il faut élargir le champ d’activités en utilisant un vaste éventail de moyens pour sensibiliser les jeunes aux risques potentiels du jeu. »

Prévention du jeu problématique : écoles secondaires et universités

Les programmes de prévention du jeu dont il a été question jusqu’ici visent principalement, voire uniquement, le jeu chez les adolescents. Williams et Connelly de l’Université de Lethbridge (2003) ont créé deux programmes distincts de prévention du jeu qui ciblent les étudiants des universités et du secondaire. Les chercheurs soutiennent qu’il devrait y avoir davantage d’initiatives de prévention en milieu scolaire et qu’elles devraient s’étaler sur de multiples séances en plus d’être interactives, attrayantes et axées sur les aptitudes.

Dans leur programme pour les universités, Williams et Connelly ont cherché à savoir si une meilleure connaissance des probabilités dans les jeux de hasard aurait un effet sur les attitudes ou comportement liés au jeu. Les chercheurs ont comparé des étudiants ayant participé à 10 séances de cours de statistiques liées au jeu à deux groupes témoins.

Les résultats après un suivi de six mois ont révélé que les étudiants participant au cours de statistiques liées au jeu avaient une capacité sensiblement accrue de calculer les probabilités et d’éviter les erreurs cognitives, bien qu’aucune différence n’ait été décelée dans leurs attitudes ou comportements liés au jeu. La variable la plus fortement associée aux diminutions de comportements de jeu après un suivi de six mois était l’augmentation d’attitudes négatives envers le jeu.

Dans le programme pour les écoles secondaires, des étudiants de 10e et 11e années ont participé à cinq séances de sensibilisation au jeu, de 100 minutes chacune. Les principaux sujets abordés étaient les suivants : probabilités dans les jeux, jeu problématique, idées fausses liées au jeu, prise de décisions et résolution de problèmes. Comparativement au groupe témoin, le groupe expérimental a affiché une augmentation sensible de connaissances sur le jeu et d’attitudes négatives envers le jeu, ainsi qu’une diminution du nombre d’erreurs cognitives. Les résultats ne montraient toutefois aucune différence dans le temps consacré au jeu ou dans la fréquence des activités de jeu. Les variables le plus fortement associées aux diminutions de comportements de jeu après un suivi de trois mois étaient : attitudes plus négatives envers le jeu ; connaissances accrues sur le jeu ; moins d’erreurs cognitives.

Williams et Connelly (2003) ont tiré les leçons suivantes :

  • Toute initiative de prévention consistant simplement à parler des probabilités liées au jeu aurait le même effet que d’informer les fumeurs des effets nuisibles du tabac ou de sensibiliser les buveurs aux méfaits de l’alcool – autrement dit, elle manquerait d’efficacité.
  • Le développement d’attitudes négatives envers le jeu est le meilleur prédicteur d’une diminution des comportements de jeu.
  • Une amélioration des connaissances sur le jeu problématique semble être importante et pourrait même constituer un mécanisme de changement des attitudes.
  • Il est important de sensibiliser les gens aux erreurs cognitives qui sous-tendent les idées fausses sur le jeu.
  • Il est probablement important d’améliorer les compétences de prise de décisions générales, de résolution de problèmes et d’adaptation.

Pour terminer, les personnes qui s’intéressent aux meilleures pratiques en matière de principes de prévention peuvent se procurer les ressources suivantes :

N. McBride. Systematic literature review of school drug education. Perth, Australie‑Occidentale : National Drug Research Institute, Curtin University of Technology, 2002.

Santé Canada. Prévention des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes - Un compendium des meilleures pratiques. Ottawa (Ontario) : Santé Canada, 2001.

D. Hawks, Scott, K., McBride, N., Jones, P. et Stockwell, T. Prevention of psychoactive substance use: A selected review of what works in the area of prevention. Genève, Suisse : Organisation mondiale de la santé, 2002.

Retour - Les jeunes et le jeu