Délais de rechute
La période après laquelle une rechute risque de se produire varie selon les circonstances. En règle générale, les clients s’arrangent pour revenir à leur comportement de jeu, ce qui demande une ou deux semaines. Souvent, ces défaillances leur ont paru impulsives; cependant, après réflexion, on se rend compte qu’un peu de planification aurait permis de les éviter. Par exemple, une cliente sait qu’elle est plus vulnérable quand elle a de l’argent dont elle n’a pas besoin tout de suite. Si elle ne planifie pas son utilisation judicieuse, ses vieilles habitudes auront tendance à avoir le dessus sur ses nouvelles résolutions. Si elle sait qu’elle doit faire de la planification mais néglige de le faire, elle s’arrange indirectement pour être en mesure de jouer.
Les écarts réellement impulsifs, qui résultent de circonstances imprévues, sont plus rares. Par exemple, un client qui éprouvait des douleurs et à qui on a administré une dose trop forte d’analgésiques s’est retrouvé aux courses, confus, après deux mois d’abstinence. Pour se prémunir contre les situations de ce genre, le client doit prévoir des mesures d’urgence, par exemple, garder à portée de la main une liste de numéros de téléphone de personnes à appeler pour obtenir de l’aide.
Enfin, il existe des processus de rechute qui s’échelonnent sur une plus longue période; la personne revient lentement à un mode de pensée et à des comportements qu’elle avait abandonnés, bien avant de recommencer à jouer de façon pathologique. Prenons comme exemple le client qui tente de rembourser trop vite ses dettes de jeu, au point où il n’a plus d’argent pour s’amuser et profiter de la vie. Ce faisant, il éprouve un stress qui devient intolérable, et risque de s’imaginer qu’en gagnant, il mettra enfin un terme à sa souffrance. Prenons également le client qui a rechuté après s’être servi de sa carte Visa. Depuis des mois, il savait qu’il aurait dû la couper et s’en débarrasser, et n’a pas tenté de déterminer pourquoi il avait choisi de ne pas le faire.
Conceptualisation du processus de rechute
Le modèle de Marlatt se révèle utile pour les cliniciens et certains clients, mais les joueurs saisissent très rapidement l’illustration suivante. Pour l’auteure, il s’agit d’un outil précieux qui aide les clients à conceptualiser le processus de rechute et les moyens de le prévenir.
La partie supérieure de la courbe représente le cheminement positif que le client entreprend au début : il s’abstient partiellement ou totalement de jouer, cherche à atteindre ses objectifs, prend soin de lui-même et de ses proches, etc. Le repli représente des changements dans la situation, les pensées, les sentiments ou le comportement qui risquent chez cette personne d’aboutir à une rechute. Supposons que la personne s’ennuie. Si elle tente de se divertir par des loisirs, son cheminement se traduit par une courbe ascendante, et elle se retrouve sur la bonne voie. Par contre, si elle n’agit pas rapidement pour chasser cet ennui, elle risque de devenir déprimée et de ressentir de la rancœur, de l’impatience ou l’impression de mériter quelque chose, sentiments qui ont peut-être déjà servi de déclencheurs. C’est alors que la personne pourrait avoir de la difficulté à lutter contre ses envies, qui deviennent de plus en plus fréquentes ou intenses.Vers le milieu de la courbe, la personne s’accorde des libertés : elle décide qu’elle jouera (ou jouera « peut-être ») à nouveau, souvent à l’insu de son entourage, quand les circonstances s’y prêteront. Une fois ce stade franchi, il est très difficile de faire marche arrière, même lorsque la personne se rend compte de son erreur. La courbe chute encore plus vite. Les comportements que l’on constate alors représentent des « décisions apparemment anodines » (Marlatt et Gordon, 1985), c’est-à-dire des gestes qui aboutiront à une rechute sans que la personne ne l’admette. Ce n’est qu’au bas de la courbe que la personne commence à jouer. La courbe s’échelonne sur une période variable, de quelques jours à une ou deux semaines. Rarement, elle couvre quelques heures tout au plus. Parfois, comme nous l’avons déjà mentionné, on découvre que le processus a commencé il y a bien plus longtemps.
Cette illustration montre aux clients qu’il faut déceler tôt le déclenchement du processus de rechute. Pour de nombreux joueurs, les défaillances sont tout à fait impulsives et, par conséquent, échappent à leur contrôle. Lorsqu’ils sont sur une courbe descendante, il leur est très difficile de s’arrêter, mais cela ne veut pas dire qu’il leur aurait été impossible de le faire plus tôt. Lorsqu’ils prennent conscience de ce mécanisme, les clients éprouvent souvent plus d’espoir et de liberté d’action car ils ont l’impression de mieux maîtriser leur problème.
Soulignons que ce qui compte, c’est la décision de jouer et non le jeu lui-même. Si le client et son conseiller peuvent découvrir le moment où cette décision sera prise, les circonstances qui y aboutiront et le moyen d’opérer un virage (au sens propre ou figuré) au moment décisif, le client sera bien placé pour changer son comportement de façon durable.
Méthode équilibrée de prévention des rechutes
Il est très important de reconnaître que les rechutes sont des choses qui arrivent. Il est difficile de changer sa vie du tout au tout sans jamais faire d’erreurs. Il ne s’agit pas là d’une preuve que la personne est irrécupérable ou démotivée ou qu’elle a un problème de tempérament mais plutôt, dans le contexte de notre modèle, qu’elle n’a pas paré à toute éventualité. Évidemment, une rechute peut avoir de graves conséquences; c’est pourquoi il faut aider les clients à l’éviter dans la mesure du possible.
En cas de rechute, il importe de ne pas exagérer la gravité de la situation, sans pour autant la sous-estimer. Par exemple, une cliente savait que si elle se sentait trop coupable après une rechute, elle ne ferait que provoquer une autre rechute. Il lui fallait donc se pardonner à elle-même. Cependant, elle n’a pas tiré la leçon de sa rechute pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Les clients doivent prendre leur rechute au sérieux. Ils doivent examiner les circonstances, déterminer ce qui n’allait pas, réorganiser leurs activités, aiguiser leurs compétences et essayer de nouveau.
Retour - Stratégies de changement et de prévention de rechutes