Signes avant-coureurs 

Lorsqu’une personne veut se donner la mort, elle manifeste généralement des signes avant-coureurs qui peuvent comprendre : 

  • un sentiment de désespoir, d’impuissance ou d’être coupé de la réalité ;
  • un comportement risqué, auto‑destructif ou imprudent ;
  • le fait de mettre de l'ordre dans ses affaires, de distribuer ses biens aux autres, ou encore de faire ses adieux ;
  • le fait de se replier sur soi-même ou de s’isoler des autres ;
  • une perte d’appétit, un sommeil perturbé, un manque d’énergie, une perte d’intérêt sexuel ou d’intérêt pour ses activités habituelles ;
  • une vulnérabilité accrue aux maladies mineures.

Cette personne a tendance à s’exprimer de la façon suivante :

         « Je voudrais mourir. »

         « Je souhaite ne jamais être venue au monde. »

         « Mes problèmes disparaîtront bientôt. »

         « Personne ne peut m’aider à présent. »

         « Je n’en peux plus. »

         « Les autres seraient bien mieux sans moi. »


Cette liste a été dressée à partir des sources suivantes : Association canadienne pour la santé mentale, 2006 ; Living Works, 1999 ; Mayo Clinic, 2006. Il est important que les cliniciens soient conscients des signes avant-coureurs et qu’ils suivent leurs clients de près pour pouvoir les repérer. 

Dépistage

À cause de la peur, beaucoup de gens se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit de parler du suicide. Cependant, les tentatives et les taux de suicide étant plus élevés parmi les personnes ayant un problème de dépendance au jeu, il est important de demander explicitement à chaque client s’il a des pensées suicidaires, avec ou sans la présence des signes avant-coureurs susmentionnés. « Aborder la question du suicide montre que vous prenez la personne au sérieux et que vous réagissez à sa détresse potentielle. » (San Francisco Suicide Prevention, 2006). 

Si une personne vous montre qu’elle a des pensées suicidaires, vous devriez lui demander si elle a formé un plan, si elle a pensé à la méthode ou au moment du suicide et si elle est en mesure de passer à l’acte. Il est plus important de lui demander « comment » et « quand » – questions qui vous aideront à déterminer si la personne court un risque – que de lui demander « pourquoi » (San Francisco Suicide Prevention, 2006). De plus, parce que le taux de suicide chez les personnes qui ont déjà essayé de se suicider est 40 fois plus élevé, vous devriez également demander à votre client s’il a déjà tenté de se donner la mort (Living Works, 1999). Lorsque vous posez ces questions, il est important d’écouter attentivement, sans porter de jugement.

 

Réaction

Si vous avez posé les questions de dépistage et que vous avez déterminé que la personne court un risque, vous devez à présent agir : 

  • Restez calme.
  • Écoutez attentivement et sans porter de jugement.
  • Prenez les propos de la personne au sérieux.
  • Ne minimisez pas ses sentiments.
  • Faites preuve d’empathie et de sollicitude à son égard.
  • Assurez-vous qu’elle a le numéro de la ligne d’écoute  téléphonique locale : http://www.suicideinfo.ca/
  • Ne lui promettez pas la confidentialité. Vous ne pourrez pas assurer la confidentialité de vos discussions avec votre client si vous savez qu’il a l’intention de se suicider.
  • Assurez-vous que la personne n’a pas accès à des armes ou à des médicaments dangereux.
  • Demander l’aide de proches et d’amis dignes de confiance et capables d’offrir un soutien.
  • Orientez la personne vers un médecin.
  • Orientez-la vers des services de santé mentale.
  • Dressez un contrat : un contrat peut être une entente verbale ou écrite qui vise à éviter tout comportement auto‑destructif. 

    Lorsque vous dressez un contrat :

  • Assurez-vous qu’il est précis, par exemple : « Je m’engage à ne pas me faire du mal pendant deux jours. »
  • Lorsque vous établissez le délai, soyez réaliste. Le but étant d’empêcher que la personne se fasse du mal dans l’immédiat, même un contrat d’une durée de quelques heures ou quelques jours peut s’avérer utile.
  • Demandez à la personne de vous répétez son engagement. Ainsi, vous saurez qu’elle comprend ce à quoi elle s’engage.
  • En cas d'urgence où la personne ne serait plus capable de tenir son engagement, planifiez des mesures, par exemple : appeler un membre de sa famille, un ami ou une ligne d'écoute téléphonique, ou encore se rendre au service des urgences d’un hôpital local.

Cette liste a été dressée à partir des sources suivantes : Association canadienne pour la santé mentale, 2006 ; Depression and Bipolar Support Alliance, 2006 ; Living Works, 1999 ; San Francisco Suicide Prevention, 2006.

Si une personne menace de se suicider et qu’elle refuse de prendre un engagement comme ceux qui sont décrits plus haut, vous pouvez trouver de l’aide en composant le 911, en communiquant avec le médecin de la personne, en appelant la police, ou encore en vous adressant à une équipe d’intervention d'urgence (Depression and Bipolar Support Alliance, 2006).

La meilleure façon de prévenir le suicide est d’en avoir une bonne compréhension. L’Association canadienne pour la santé mentale (www.cmha.ca) et les Distress Centres Ontario (www.dcontario.org) offrent tous deux d’excellents ateliers sur la prévention du suicide.

 

Considérations d’ordre culturel

La culture peut exercer une influence sur : 

  • « la santé, la guérison et les systèmes de croyances à l’endroit du mieux-être » ;
  • « la façon dont les maladies et leurs causes sont perçues » ;
  • « les comportements d’une personne à la recherche de soins de santé et son attitude vis‑à‑vis des fournisseurs de soins de santé ».

(Office of Minority Health, 2006)

Lorsque vous abordez des questions liées au suicide, il est important : 

  • de comprendre le rôle de la famille et de la communauté dans le soutien des personnes affectées par le suicide ;
  • de respecter les croyances et les valeurs des gens ;
  • d’être conscient des croyances spirituelles et des pratiques de chaque personne ;
  • de vous renseigner sur les comportements qu’influence la culture ;
  • de comprendre et d’accepter le besoin qu’éprouve une personne d’observer certains rites et coutumes pour s’adapter aux situations difficiles et s’en sortir ;
  • de savoir que les gens diffèrent dans leur façon de réagir à la détresse et à la perte et de s’exprimer ;
  • de savoir que les préjugés sont une préoccupation pour de nombreuses personnes lorsqu’il s’agit de questions liées à la santé mentale ;
  • d’être conscient de la diversité des modes de guérison et de recherche de l’aide ;
  • d’éviter les stéréotypes fondés sur une connaissance des caractéristiques générales d’un groupe, car ses valeurs et ses croyances sont formées par bien d’autres facteurs que la culture (Project Liberty, 2006).

Vous pouvez en savoir plus sur certaines de ces recommandations en forgeant des liens avec des personnes issues d’autres cultures, en parlant avec des chefs spirituels ou des membres d’autres communautés, en participant à des ateliers sur d’autres cultures ou sur la diversité culturelle, en lisant sur d’autres cultures ou en assistant à divers événements ou festivals culturels.  

Travail auprès des amis et des proches du client

« La perte d’un être cher par suite de son suicide est souvent un événement choquant, douloureux et inattendu. Le chagrin qui en résulte peut être intense, complexe et de longue durée. » (American Association of Suicidology, 2004). Il est très important d’offrir un soutien à une personne qui vient de perdre un membre de sa famille ou un ami à la suite de son suicide :  

  • en faisant preuve de sollicitude et d’attention à son égard ;
  • en restant à son écoute ;
  • en lui disant qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu. 

Il est également très important de reconnaître ses sentiments et de lui faire les recommandations suivantes en ce qui concerne son processus d’adaptation : 

  • Les émotions intenses sont normales.
  • Les gens éprouvent souvent de la honte, un sentiment de culpabilité, de la colère, de la peur, du désespoir ou de la confusion.
  • La guérison prend du temps ; il faut être patient avec soi-même.
  • Faites ce qui est bon pour vous.
  • Continuez à vous poser la question « pourquoi ? » jusqu’à ce que vous n’en ressentiez plus le besoin.
  • Ne vous isolez pas.
  • Entourez-vous de personnes qui vous offrent un grand soutien et qui sont prêtes à vous écouter.
  • Cherchez l’aide d’un professionnel.
  • Joignez-vous à un groupe de soutien pour les survivants.

(Suicide Awareness Voices of Education, 2006)

Autogestion de la santé chez le clinicien

Si une personne est décidée à se donner la mort, il se peut que les autres soient impuissants à l’arrêter. Résultat : le thérapeute peut se retrouver dans la situation difficile de perdre un client qui se suicide. Le peu de documentation qui existe sur le sujet donne à penser que « les thérapeutes réagissent au suicide de deux façons. Ils peuvent éprouver chagrin, colère, sentiment de culpabilité ou de perte, un peu comme les proches et les amis du suicidé : ils réagissent tout simplement en tant qu’êtres humains à la perte d’une relation proche. Mais les thérapeutes doivent aussi s’adapter à la mort d’une personne dans le contexte du rôle spécial qu’ils jouaient dans sa vie. » (Soderlund, 2006)   

En tant que professionnel, vous pouvez éprouver certaines des émotions suivantes, voire toutes : 

  • des doutes sur vos propres compétences professionnelles ;
  • l’impression que d’autres personnes, comme vos proches ou vos collègues, vous tiennent responsable du suicide ;
  • de l’angoisse à propos des conséquences professionnelles ;
  • de la colère contre votre client ;
  • le sentiment d’être responsable du suicide ou d’avoir été incompétent ;
  • le désir de ne plus prendre en charge de clients suicidaires.

(Soderlund, 2006) 

Étant donné qu’il est très difficile de perdre un client qui se suicide, il est impératif de chercher du soutien. 

« Les thérapeutes dont un client s’est suicidé sont unanimes : des consultations formelles et informelles auprès d’un collègue sont l’une des mesures les plus importantes et utiles que vous puissiez prendre après le suicide d’un client… C’est une façon de mettre fin au choc de la mort et de comprendre les émotions que vous pouvez ressentir, si déplacées puissent-elles vous paraître. » (Soderlund, 2006)  

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