Roger Horbay
La thérapie brève axée sur la recherche de solutions désigne une démarche thérapeutique qui considère le traitement comme un processus dans le cadre duquel le client et le conseiller établissent un plan de jeu modéré ou d’abstinence. Cette thérapie est compatible avec plusieurs techniques de counseling puisqu’elle vise surtout à aider les clients à mieux exploiter les points forts et les aptitudes qu’ils ont déjà. Comme il en a été question précédemment, les joueurs se caractérisent notamment par leur faible motivation ou leur ambivalence. La thérapie brève axée sur la recherche de solutions met l’accent sur les points forts, les solutions et un avenir meilleur qui inspirent les clients et les incitent à se prendre en main. Les objectifs du client sont bien formulés (ils sont petits, pertinents, spécifiques et réalisables), et les questions et réponses sont soigneusement ponctuées de manière à bâtir ou à mettre en relief une réalité positive qui en facilitera la réalisation. La thérapie brève axée sur la recherche de solutions permet au conseiller de commencer à chercher des solutions immédiatement, même lorsque le joueur ou sa famille est en crise. Elle fournit les instruments nécessaires pour aider le client à explorer toutes les options, traiter son ambivalence et trouver des solutions de rechange réalistes au jeu excessif. Le texte qui suit est adapté de Working with the Problem Drinker: A Solution-Focused Approach.
Principes
La thérapie brève axée sur la recherche de solutions est régie par trois grandes règles :
Règle n° 1 : Ne pas créer de problèmes là où il n’y en a pas.
Règle n° 2 : Mettre à profit ce qui fonctionne.
Règle n° 3 : Procéder différemment si une chose ne fonctionne pas.
(Berg et Miller, 1992, p. 17)
Ces directives pragmatiques aideront les conseillers à évaluer leur travail clinique auprès des joueurs à problèmes.
Voici quelques questions utiles que les conseillers peuvent se poser pendant une séance :
- Est-ce que je me concentre sur les problèmes présentés par le client, p. ex., difficulté à jouer au poker, ou est-ce que j’ai dérapé pour imposer mon propre point de vue (p. ex., abstinence totale) ? (Règle n° 1)
- Comment puis-je aider et motiver le client à continuer de faire ce qui fonctionne ? (Règle n° 2)
- Même des changements minimes peuvent aboutir à des transformations. Donc, une réduction de la fréquence de jeu, du temps consacré à jouer et des sommes investies constitue une amélioration qu’il faut encourager.
- Qu’est-ce que je peux faire différemment si le client ne réagit pas ? (Règle n° 3)
- Si le client ne réagit pas et s’il ne fait rien pour atteindre les objectifs du traitement, ceux-ci devront peut-être réévalués. Souvent, les joueurs ont des objectifs cachés qu’il faut mettre au jour. Commencez par voir ce que le client juge important, ce qui l’incitera à poursuivre le traitement.
Hypothèses
Outre les principes de base, la thérapie brève axée sur la recherche de solutions repose sur plusieurs hypothèses sur lesquelles les conseillers peuvent se fonder pour orienter leurs interactions avec les clients :
- Le changement est inévitable et constant.
- Mettre l’accent sur le positif, les solutions et l’avenir facilite le changement.
- L’expert, c’est le client.
- Il n’est pas nécessaire d’évaluer ou de diagnostiquer le problème avant d’aider le client.
- Il n’est pas nécessaire de connaître le problème dans ses moindres détails pour le résoudre.
- Seul un petit changement peut être nécessaire.
- Aucun problème n’est permanent.
- Les personnes ont la force et les ressources nécessaires pour changer.
- On peut envisager une situation de bien des façons. Aucune n’est meilleure qu’une autre.
La relation thérapeutique
La thérapie brève axée sur la recherche de solutions conceptualise le processus de changement en classant les types de relations clients-conseillers, ce qui comporte deux avantages. Premièrement, ce classement rappelle au conseiller que l’issue du traitement dépend de sa collaboration avec le client. Deuxièmement, il aide à déterminer quelle intervention thérapeutique est la plus susceptible d’inciter le client à changer. La thérapie brève axée sur la recherche de solutions prévoit trois différents types de clients : visiteur, plaignant et consommateur.
Les joueurs du type « visiteur » n’ont pas de problèmes ou d’objectifs clairement définis et recherchent parfois un traitement à la demande de leur entourage. Ces clients sont souvent ambivalents concernant le changement de leurs habitudes de jeu. Il vaut mieux explorer les raisons pour lesquelles ils demandent de l’aide et témoigner de l’empathie. Offrez une atmosphère non menaçante et invitez-les à revenir s’ils veulent plus d’aide.
Les clients du type « plaignant » savent qu’il y a un problème. Ils peuvent être en mesure de fixer des objectifs, mais ils n’ont pas la motivation nécessaire pour agir, souvent parce qu’ils croient que le problème « c’est les autres » et que ceux-ci ne comprennent pas pourquoi ils jouent. Ils croient que leurs habitudes de jeu pourraient être fructueuses si seulement on les laissait tranquilles. La meilleure intervention auprès de ces clients consiste à les écouter et à exprimer de l’empathie par rapport à leur situation. Faites-leur savoir que vous les comprenez mais incitez-les à réfléchir aux raisons pour lesquelles les autres croient qu’ils ont un problème. Demandez-leur de penser aux raisons pour lesquelles ils jouent. Invitez-les à une discussion plus approfondie.
Les clients du type « consommateur » sont des clients idéaux, mais ils sont rares. Ils comprennent leurs problèmes et ont des objectifs clairs. Ils sont responsables de leurs actes et motivés à changer. La meilleure intervention dans ce cas consiste à les encourager et à leur donner des tâches comportementales telles que se concentrer sur les stratégies de prévention des rechutes.
Techniques
Le conseiller doit se demander quels éléments de ces démarches intégrer dans son travail de thérapeute. Les techniques de recherche de solutions ne sont pas une boîte à surprises mais plutôt un ensemble précis d’attitudes, de postures et de principes. Intégrées dans une démarche clinique auprès de joueurs, elles peuvent donner d’excellents résultats.
Les joueurs à problèmes ne veulent généralement pas de psychothérapie. La plupart ont tendance à bien fonctionner et à mener une vie active. La thérapie brève axée sur la recherche de solutions est efficace parce qu’elle donne au client l’impression de faire des progrès dès la première séance parce qu’il établit d’emblée des objectifs (au lieu de faire une exploration approfondie des antécédents familiaux et des problèmes personnels). Ce faisant, cette thérapie met l’accent sur les points forts du client et les perspectives qui s’ouvrent à lui.
Questions utiles à poser au premier contact
Lors du premier contact avec des joueurs, les questions suivantes incitent le client à décrire ses problèmes et ses objectifs :
« Qu’est-ce qui vous amène ici aujourd’hui ? »
« Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »
« Que devrions-nous faire aujourd’hui pour que vous ayez l’impression qu’il valait la peine de venir ? »
Ces questions sont efficaces parce qu’elles nécessitent une réponse plus approfondie de la part du client. Au lieu de supposer que le client est venu parce qu’il veut arrêter de jouer, elles l’incitent à préciser les raisons pour lesquelles il demande de l’aide. Ces questions sont centrées sur le client et le respectent. En outre, elles aident le thérapeute à comprendre comment le client perçoit le rôle du thérapeute.
Questions sur les changements survenus avant la séance
Un autre genre de questions vise à déterminer quels changements auraient pu se produire avant la séance. Par exemple :
« Qu’est-ce qui a changé ou qu’est-ce qui s’est amélioré entre le moment où vous avez décidé de venir et aujourd’hui ? »
Cette question reconnaît que le client fait déjà un effort pour changer en demandant de l’aide.
- Lorsqu’un client prend rendez-vous, vous pouvez lui proposer un petit exercice :
« Prenez note des choses positives que vous faites d’ici notre première rencontre et nous en parlerons à ce moment-là. »
« Prenez note des choses positives que vous faites lorsque vous résistez à l’envie de jouer. »
Ces questions incitent d’entrée de jeu le client à se concentrer sur les aspects positifs et les solutions.
La question miracle
La question miracle est l’une des techniques les plus puissantes que Berg et de Shazer ont élaborées :
« Supposez que ce soir, pendant votre sommeil, un miracle se produira qui réglera tous les problèmes qui vous ont poussé à nous consulter. Mais puisque vous dormiez, vous ne vous en êtes pas rendu compte, et à votre réveil, vous ne savez pas encore qu’il y a eu un miracle. Quelle est la première chose qui vous l’indiquera ? »
La question miracle est un instrument efficace parce qu’elle aide les clients à établir des objectifs même lorsqu’ils sont en état de crise et qu’ils se sentent pris au piège. Comme elle n’est pas réaliste, elle aide les clients à se sentir moins menacés et à exprimer plus librement ce qu’ils veulent. Voici quelques exemples de réponses que les joueurs à problèmes peuvent donner à la question miracle :
« Je ne jouerai plus. »
« J’aurai plus de temps à consacrer à ma famille. »
« Ma situation financière sera redevenue ce qu’elle était avant que je commence à jouer. »
Le client et le conseiller transforment alors les réponses du client en objectifs de traitement.
Questions quantitatives
Ces questions sont particulièrement efficaces dans le cas des clients visuels qui envisagent les choses de façon concrète. Cependant, en état de crise, ces clients sont souvent incapables de voir les étapes qu’ils ont à franchir pour atteindre leurs objectifs. Lorsque le thérapeute demande : « Sur une échelle de 1 à 10, où 10 représente votre objectif, vous vous situez à 3. Que devriez-vous faire pour passer à 4 ? », les objectifs établis précédemment ont été divisés en petites étapes concrètes. Les clients commencent à voir des buts réalistes et réalisables qui les guideront vers leurs objectifs.
Les conseillers utilisent souvent les questions à échelle pour aider les clients à se rendre compte qu’ils font déjà des progrès (p. ex., en laissant leur carte de crédit chez eux). Dans ce cas, la conseillère ou le conseiller peut dire : « Vous avez délibérément laissé votre carte de crédit à la maison hier. Où sur l’échelle cette mesure vous place-t-elle ? »
Voici quelques exemples de questions quantitatives qui utilisent des échelles et des pourcentages :
- Utilité : établir des critères d’amélioration et mesurer les changements.
« Sur une échelle de 1 à 10 (où 10 signifie que vous contrôlez entièrement votre envie de jouer et 1 signifie que vous n’avez aucun contrôle), où vous situez-vous maintenant ? »
« De façon réaliste, où voulez-vous vous situer sur l’échelle ? »
« Que faudrait-il pour que vous montiez d’un échelon ? »
- Utilité : mesurer les processus thérapeutiques tels que la motivation et la confiance.
« Sur une échelle de 1 à 10 (où 10 signifie que vous feriez n’importe quoi et 1 que ça vous est égal), indiquez dans quelle mesure vous êtes prêt(e) à régler votre problème de jeu ?
« Quelle mesure pouvez-vous prendre pour accroître votre motivation ? »
« Sur une échelle de 1 à 10 (où 10 marque la confiance et 1 le désespoir), indiquez dans quelle mesure vous avez confiance de pouvoir régler votre problème de jeu ? »
« Quelle mesure pouvez-vous prendre pour accroître votre confiance ? »
- Utilité : les questions à pourcentage peuvent également être utilisées pour trouver des solutions.
« En pourcentage, pendant quelle proportion de votre temps estimez-vous contrôler votre problème de jeu ? »
« Quel pourcentage vous conviendrait ? »
Questions sur les relations
Les réponses des clients peuvent être améliorées par l’utilisation de questions sur les relations, qui élargissent l’éventail de solutions possibles et les rendent mieux adaptées à la situation des clients :
« Si votre conjointe ou votre conjoint était ici, qu’est-ce qui serait un miracle pour elle ou lui ? »
« Qu’est-ce qui indiquerait à votre conjointe ou à votre conjoint qu’un miracle s’est produit ? »
« Qu’est-ce que votre conjointe ou votre conjoint ferait différemment si vous n’aviez pas de problème de jeu ? »
« Qu’est-ce qui indiquerait à d’autres personnes qu’un miracle s’est produit ? »
L’efficacité des questions sur les relations dépend des fonctions suivantes :
- Présenter différents points de vue concernant la situation du joueur à problèmes.
- Aider le client à se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre.
- Aider le client à reconnaître que son comportement a des effets sur quelqu’un d’autre.
Exercices
Le travail que le client fait à l’extérieur du bureau de counseling est aussi important que celui qu’il fait avec le thérapeute. En outre, il lui permet d’assumer la responsabilité de ses changements. Les exercices que le client fera à la maison varient selon la motivation de chacun et ce qu’il s’est fixé comme objectif (par l’entremise de la question miracle). Les clients du type « consommateur » pourront profiter de ces exercices et si l’un de leurs objectifs est d’améliorer leur santé physique, ils iront peut-être au gymnase plutôt qu’au casino.
Les exercices doivent être justifiés et axés sur ce que le client doit changer. Les clients du type « plaignant » profitent généralement d’exercices de réflexion. Si une cliente ou un client a tendance à noter les aspects négatifs de ses relations, demandez-lui de prendre note mentalement de tous les aspects positifs ou de remarquer toutes les petites choses qui indiquent que son conjoint ou sa conjointe lui fait confiance. Lorsque l’objectif est la prévention des rechutes, l’un des exercices que vous pourriez donner à la personne serait de garder avec elle une très petite somme d’argent mais pas de carte de crédit, et de noter ce qui se passe.
Le langage présuppositionnel
L’utilisation d’un langage approprié fait partie de la thérapie brève axée sur la recherche de solutions. Le langage présuppositionnel peut ouvrir la voie à une issue positive :
« Comment avez-vous fait cela ? » au lieu de « Comment cela s’est-il produit ? »
« Qu’est-ce qui va changer lorsque vous contrôlerez vos habitudes de jeu ? » plutôt que « Qu’est-ce qui changerait si vous contrôliez vos habitudes de jeu ? »
Compliments
Les compliments, qui représentent une source importante de rétroaction dans le cadre de la thérapie brève axée sur la recherche de solutions, constituent un moyen efficace d’amener les clients à prendre conscience de leurs ressources et de leurs points forts. Les joueurs peuvent être très démoralisés à cause des nombreuses pertes qu’ils ont essuyées et se croient réellement « bons à rien ». En leur faisant des compliments sincères sur leurs nouveaux comportements positifs et en soulignant que leurs problèmes étaient réellement difficiles à résoudre, vous pouvez leur remonter le moral et accroître leur motivation. Les compliments indirects sont également efficaces :
« WOW ! C’est toute une réussite ! Comment avez-vous fait ? »
L’étude de cas qui suit illustre la thérapie brève axée sur la recherche de solutions appliquée dans le contexte du modèle des cheminements et du modèle des étapes de changement. L’entrevue motivationnelle, la thérapie cognitivo-comportementale et les techniques de prévention des rechutes y sont également abordées.
Bibliographie
BLASZCZYNSKI, A. 1998. Overcoming Compulsive Gambling: A Self-Help Guide Using Cognitive Behavioural Techniques, Londres, Robinson.
BERG, I.K. 1995. « Solution-focused brief therapy with substance abusers », dans A. Washton (éd.), Psychotherapy and Substance Abuse: A Practitioner’s Handbook, New York, The Guilford Press.
BERG, I.K., et S.D. MILLER. 1992.Working with the Problem Drinker: A Solution-Focused Approach, New York,W.W. Norton & Company.
PROCHASKA, J., et C. DICLEMENTE. 1998. « Toward a comprehensive, transtheoretical model of change: Stages of change and addictive behaviours », dans V. Lopez (éd.), Treating Addictive Behaviours, 2e éd., New York, Plenum Press.
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