Mesure d’autres variables liées au jeu
Outre le contexte du jeu, une évaluation globale devrait également mesurer plusieurs autres facteurs qui peuvent influer sur le jeu. Nous traitons ci-dessous de deux variables importantes qui semblent interagir avec le jeu problématique : l’usage et l’abus d’alcool et d’autres drogues ainsi que les antécédents psychiatriques. L’abus d’alcool et d’autres drogues peut se manifester avant le problème de jeu ou en même temps. En outre, il peut devenir un substitut au jeu problématique et vice-versa, l’un devenant un moyen d’échapper à l’autre. Les réactions de substitution se retrouvent aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Il est important d’évaluer la gravité de l’abus pour déterminer s’il est nécessaire de traiter ce problème. S’il est directement relié au jeu (p. ex., le client consomme de la drogue uniquement après avoir joué), le traitement du problème de jeu peut atténuer la consommation. Cependant, si l’abus ne change pas après réduction du jeu, s’il précède les épisodes de jeu ou s’il semble indépendant, il devra être traité séparément. L’Épreuve de recherche des troubles liés à l’abus d’alcool (audit) (Saunders, 1993), le Questionnaire sur la consommation d’alcool (ads) (Skinner et Allan, 1982) ou le Questionnaire sur la consommation de drogues (dast) (Skinner, 1982) sont des moyens rapides d’évaluer la gravité de l’usage d’alcool et d’autres drogues.
Symptômes psychiatriques
Si les conséquences émotionnelles liées au jeu sont jugées graves, il faut déterminer si les symptômes psychiatriques étaient présents avant que la conduite de jeu ne débute, et il peut être utile de procéder à cette évaluation séparément. Comme l’anxiété et la dépression sont les symptômes les plus susceptibles de se manifester chez les joueurs à problèmes qui demandent de l’aide, il est important d’évaluer s’il faut diriger le client vers un psychiatre. Il faudra le faire si les symptômes ne s’atténuent pas à la suite de la réduction du jeu, s’ils sont associés à l’abus d’alcool et d’autres drogues, s’ils donnent lieu à des tendances suicidaires ou s’ils sont intenses au point de rendre difficile la participation au traitement. Pour évaluer rapidement la gravité des symptômes d’anxiété et de dépression, on peut utiliser les questionnaires d’auto-évaluation inventaire de dépression de Beck (Beck, 1961) et inventaire ou index d’anxiété de Beck (Beck et Steer, 1987). Les échelles de dépression et d’évaluation de l’anxiété de Hamilton sont administrées par des cliniciens, et seuls les conseillers qui se sentent capables d’observer les critères cliniques de la dépression et de l’anxiété devraient les utiliser. La liste de contrôle Symptom Checklist-90 (Derogatis, 1977) est un moyen rapide de dépister ces symptômes et d’autres types de symptômes psychiatriques si l’on soupçonne la présence de symptômes de psychose, d’hostilité ou de problèmes somatiques. Des scores élevés obtenus à ces instruments de mesure indiquent qu’il peut être nécessaire de diriger le client vers un psychologue ou un psychiatre.
En outre, si l’on craint que le joueur ne souffre d’une maladie mentale importante (p. ex., schizophrénie, trouble bipolaire, trouble délirant), il faut également le diriger vers un psychiatre. Les antécédents de troubles ou de traitements psychiatriques dans la famille et les diagnostics de troubles de l’attention, d’hyperactivité et de problèmes de comportement établis pendant l’enfance devraient être évalués car un traitement supplémentaire peut être indiqué et fournir des indications sur le rôle du jeu dans la vie du joueur. (La section, «Les troubles jumelés et leur incidence sur le traitement des joueurs à problèmes», aborde la question des troubles psychiatriques et du jeu problématique.)
Même si seuls les médecins et les psychologues sont autorisés à diagnostiquer des troubles psychiatriques, une évaluation de la symptomatologie psychiatrique devrait faire partie du travail courant des conseillers. À moins que le conseiller ne connaisse mal la psychopathologie (auquel cas il devrait établir des rapports étroits avec d’autres professionnels pour les consulter au besoin), l’évaluation de l’anxiété et de la dépression aidera à élaborer un plan de traitement qui convient au client. Dans le cas des clients qui ont de lourds antécédents psychiatriques (comprenant la prise de médicaments), ont été hospitalisés dans des établissements psychiatriques ou ont déjà eu des épisodes psychotiques, des spécialistes en santé mentale doivent intervenir dès le début du traitement et faire partie intégrante de l’équipe de soins, puisque le jeu peut ne représenter qu’un aspect d’un profil clinique beaucoup plus complexe.
Évaluation liée au traitement
Nous nous penchons maintenant sur deux aspects du traitement qui auront une incidence sur la nature et le cours du traitement : l’évaluation des objectifs et l’évaluation de la motivation. Ces questions sont fréquemment soulevées dans l’évaluation et le traitement de l’alcoolisme et de la toxicomanie. Comme dans le cas de l’abus d’alcool et d’autres drogues, les objectifs de traitement du jeu problématique varient selon la personne. Il est probablement souhaitable que pour commencer, tous les clients arrêtent de jouer afin d’atténuer les conséquences du jeu, mais cette solution ne fera pas l’affaire de tous les clients. En outre, bien des joueurs voudront recommencer à jouer de façon modérée même après une période d’abstinence. Qui plus est, certains clients voudront continuer de jouer à des jeux qui, selon eux, ne leur causent pas de problèmes (p. ex., un joueur à problèmes qui parie aux courses de chevaux voudra continuer de jouer à la loterie). Les conseillers doivent savoir si leurs clients ont l’intention de continuer à jouer de façon modérée ou à d’autres formes de jeu, puisque cette intention influera sur les interventions spécifiques qui seront mises en œuvre.
Évaluation de la motivation
La plupart des joueurs ressentent une certaine ambivalence lorsqu’ils demandent un traitement. Pour évaluer la motivation des clients, il ne suffit pas d’être conscient des conséquences négatives du jeu ou des avantages de ne pas jouer. Tout en étant très sensibles aux problèmes que cause le jeu et aux avantages de l’abstinence, les clients pourront continuer d’apprécier les aspects positifs du jeu (p. ex., l’excitation, la possibilité de gagner de l’argent) et les aspects négatifs de l’abstinence (p. ex., ennui, solitude). À l’heure actuelle, il n’existe aucun instrument validé de mesure de la motivation chez les joueurs à problèmes, mais Toneatto (en préparation) est en train de valider un instrument d’évaluation possible. Néanmoins, de nombreux indicateurs de conflit de motivation peuvent aider les cliniciens à prendre conscience des possibilités de conflits entre différentes motivations qui pourraient entraver le traitement. Par exemple, le client minimise les effets du jeu sur sa vie et celle de ses proches, il compte recommencer à jouer ou il croit qu’il existe des systèmes permettant de gagner. Ces indicateurs comprennent également les contextes sociaux qui favorisent le jeu (p. ex., amis, divertissement), la volonté de retarder le changement de comportement, l’insatisfaction qui découle de l’abstinence. Ce genre de client est probablement très ambivalent quant à l’abandon du jeu, et cette ambivalence peut se traduire par des rechutes, des rendez-vous manqués, des changements de comportement très légers et l’abandon précoce du traitement (voir « L’entrevue motivationnelle : un instrument de counseling essentiel », «Le cadre thérapeutique»).
Les personnes intéressées à utiliser les instruments mentionnés dans la présente section qui ne figurent pas aux «Instruments de dépistage et d'évaluation » de ce guide peuvent communiquer avec les auteurs pour recevoir des renseignements sur la façon de les utiliser et d’interpréter les résultats.
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