Introduction

La nature des jeux de hasard et d’argent et la place qu’ils occupent en Ontario et dans le reste du pays ont changé du tout au tout ces dernières années. Pour les jeunes, il est sans doute difficile d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps, le bingo dans les églises et les courses de chevaux étaient les seuls jeux d’argent à être autorisés. Aujourd’hui, les possibilités de jeu sont multiples. L’industrie du jeu rapporte maintenant des milliards de dollars par année, dont huit milliards en Ontario, soit plus que les revenus du cinéma, de la location de films, des événements sportifs et du théâtre réunis. Tout porte à croire que cette expansion rapide se poursuivra.

La plupart des territoires offrent un éventail de jeux légaux, notamment les casinos, les jeux de hasard parrainés par l’État (loteries, billets à gratter, billets à languette, paris sportifs), le bingo et les courses de chevaux, auxquels s’ajoutent les jeux et paris illégaux, qui existent depuis toujours. D’autres activités que l’on ne considère généralement pas comme des jeux de hasard et d’argent, comme la spéculation immobilière et certaines formes d’investissement boursier, causent également des problèmes chez certaines personnes. Ajoutons également à cette liste le jeu sur Internet, ou « cyberjeu », qui représente pour certains le prochain secteur qui connaîtra une expansion. L’image des jeux de hasard et d’argent dans la société s’est également transformée. Considérés autrefois comme des activités illégales et douteuses, on les juge désormais comme un loisir amusant et stimulant, qui pourrait rapporter gros aux personnes qui s’y adonnent. Comme ces dernières se comptent par millions, il est évident que les gens aiment ces jeux.

La plupart des gens, rappelons-le, s’adonnent aux jeux de hasard et d’argent sans se faire du tort et sans nuire à leur entourage. Par contre, pour certains, le jeu cause des problèmes personnels, sociaux et financiers graves. La famille de la personne qui s’adonne au jeu et la collectivité où elle vit et la collectivité où il vit en éprouvent également les méfaits. Il est difficile d’établir des taux de prévalence précis; cependant, des études sur le jeu problématique ont révélé que dans la plupart des pays étudiés, de trois à cinq pour cent de la population présente des signes de problèmes liés au jeu. Soulignons que le taux de prévalence dans certains groupes, notamment les jeunes, est bien plus élevé. Les personnes touchées par le jeu problématique présentent également un taux plus élevé d’autres problèmes de santé comme l’alcoolisme, la toxicomanie et la maladie mentale.

Un peu partout dans le monde, on s’interroge sur les coûts et les avantages du jeu. Que l’on soit pour ou contre, une chose est sûre : un accès amélioré aux occasions de jeu fait augmenter le nombre de personnes qui en subissent les méfaits. Il est entendu que le jeu est là pour rester et prendra probablement de l’expansion, mais également que tous les paliers de gouvernement, l’industrie du jeu, les fournisseurs de soins de santé et de services sociaux et les autres groupes de spécialistes se doivent de venir en aide aux personnes qui subissent les conséquences néfastes du jeu. Le présent guide fournit des renseignements pratiques sur la nature et la dynamique des problèmes de jeu et montre comment aider les personnes touchées par le jeu problématique et leur famille. Il est destiné non seulement aux conseillers qui font partie du réseau de traitement des problèmes de jeu de l’Ontario, mais aussi aux cliniciens du système de traitement de la toxicomanie qui veulent aider leurs clients qui éprouvent des problèmes liés au jeu.

Notre démarche

Le présent guide ne s’oppose pas fondamentalement aux jeux de hasard et d’argent. Le jeu est une réalité sociale permanente, et comme nous l’avons déjà souligné, la plupart des gens jouent sans qu’eux ou leur entourage n’en souffre. Cependant, le jeu problématique présente un continuum de risque. Notre objectif consiste à favoriser l’élaboration de services spécialisés de soutien et de traitement destinés au petit nombre de gens dont les habitudes de jeu ont des conséquences négatives. Le guide est fondé sur le principe selon lequel les personnes qui viennent en aide les personnes touchées par le jeu problématique doivent s’appuyer sur des connaissances, des compétences et des démarches spécialisées. On a généralement tendance à traiter les personnes touchées par le jeu problématique comme si elles avaient une dépendance à l’alcool ou à d’autres drogues. En effet, nombre d’entre elles sont inscrites à des programmes de traitement de la toxicomanie, où on leur demande de penser au jeu chaque fois qu’on y parle d’alcool ou de drogues. Or, la recherche et l’expérience ont démontré que les problèmes de jeu se distinguent de l’alcoolisme et de la toxicomanie. Le jeu problématique représente souvent un phénomène complexe. Voici des exemples de personnes qui éprouvent des problèmes de jeu :

  • un adolescent ayant une hyperactivité avec déficit de l’attention, qui joue sur Internet au point où il est devenu isolé socialement et où il ne cesse de porter des frais aux cartes de crédit de ses parents, qui ne se doutent de rien;
  • un homme aux longs antécédents d’actes criminels qui fréquente les pistes de courses tous les jours et commet des vols pour faire des paris;
  • une femme âgée qui va souvent au casino et y épuise ses économies depuis la mort de son mari, qui l’a plongée dans la dépression.

Cette brève liste de personnes touchées montre que ce que l’on appelle le « jeu problématique » est un phénomène qui comporte beaucoup d’aspects, et qui touche un groupe de gens très varié. Cette liste donne également à penser qu’il serait irréaliste de croire à une solution miracle qui permettrait de traiter des personnes aussi différentes les unes des autres. Le présent guide ne privilégie aucune méthode de traitement particulière; nous croyons plutôt que le processus d’évaluation et de planification du traitement devrait reposer sur les caractéristiques, les besoins et les préférences du client. Vous constaterez donc l’influence de nombreux paradigmes et modes de traitement : le modèle biopsychosocial, le modèle transthéorique du changement (étapes du changement), la technique d’entrevue motivationnelle, le traitement cognitivo-comportemental, la thérapie brève axée sur la recherche de solutions, les méthodes à 12 étapes, la thérapie psychodynamique et le modèle de l’apprentissage social, entre autres démarches.

Dans la mesure du possible, les renseignements et recommandations s’appuient sur des études. Le présent guide s’inspire beaucoup de la documentation internationale sur le jeu, et nous avons mis tout en œuvre pour y intégrer des données scientifiques à jour sur l’étiologie, le processus et le traitement du jeu problématique. Cependant, ce n’est que depuis peu que l’on mène des études systématiques sur le jeu problématique, et de nombreux aspects de ce problème n’ont pas encore été explorés de façon rigoureuse au plan scientifique. Les auteurs ont donc fait fond sur les connaissances acquises auprès des personnes qui éprouvent des problèmes de jeu.

La publication du guide vise avant tout à fournir des renseignements pratiques et des conseils judicieux. Nous cherchons à améliorer votre compréhension de ce que vivent personnes touchées par le jeu problématique et à vous permettre d’acquérir des compétences en counseling qui vous aideront à réduire ou à éliminer les méfaits causés par le jeu. Nous espérons que ce document vous sera utile et qu’il vous fournira les renseignements et les outils dont vous avez besoin pour relever les défis particuliers que pose la prestation de services aux personnes touchées par le jeu problématique et à leur famille.

Remerciements

Le présent document n’aurait pu paraître sans l’aide et le soutien de nombreuses personnes. Avant tout, je tiens à exprimer ma reconnaissance à tous les collaborateurs et réviseurs, qui partageaient tous le même objectif, celui de réaliser un document qui ferait un apport positif à l’étude du jeu problématique. Je suis également très reconnaissant au Bureau ontarien de lutte contre la toxicomanie du ministère de la Santé et des Soins de longue durée pour son aide financière, et surtout à Scott Macpherson, qui est maintenant coordonnateur du Bureau, pour l’intérêt qu’il a accordé à la réalisation du présent guide.

J’aimerais également remercier d’autres personnes pour le rôle important qu’elles ont joué dans la production du guide. Caroline Hebblethwaite, du programme de communications, d’éducation et de santé communautaire du CTSM, a beaucoup collaboré au projet, et le guide reflète son expertise et ses conseils. En outre, Phil Lange, en tant qu’assistant à la recherche, a contribué de manière importante à la planification et à l’orientation du guide. Enfin, Laurie Dickson, mon assistante à la recherche pendant l’élaboration de la plus grande partie du document, a donné un appui indéfectible à nos collaborateurs et a assuré une coordination essentielle pendant les nombreuses étapes de sa réalisation.

Robert D. Murray

Décembre 2000

Retour:  Venir en aide aux peronnnes touchées par le jeu problématique