Il existe des jeux où le joueur exerce un degré de contrôle sur les probabilités qu’il gagne ou qu’il perde. Bien que ces jeux impliquent une certaine mesure d’adresse, cela ne veut pas nécessairement dire qu’un joueur en particulier a de meilleures chances de gagner. En fait, si cette personne ne possède pas les habiletés requises, elle ferait peut-être mieux de s’en tenir aux jeux de hasard pur (Turner et Fritz, 2002).
Les jeux d’adresse se classent en trois catégories :
1) les jeux où il existe un degré de dépendance entre les événements – p. ex., dans les jeux de cartes, chaque carte une fois tirée modifie les probabilités d’apparition des cartes qui restent dans le jeu ;
2) les jeux comme le Poker et les dominos – un joueur peut utiliser diverses stratégies, comme de bluffer ou d’intimider, pour obtenir un avantage sur les autres joueurs ;
3) les jeux comme les courses de chevaux, les paris sportifs et les spéculations boursières, dont le résultat n’est que partiellement aléatoire. Les éléments non aléatoires de ces jeux, tels que l’adresse des joueurs, la vitesse des chevaux, ou encore la valeur véritable d’un investissement boursier, sont compensés en partie par une estimation subjective des chances de gagner. Cette estimation subjective est généralement fournie par un bookmaker ou par la conjecture collective d’autres joueurs, comme dans le cas d’un pari mutuel, ou encore par les forces de l'offre et de la demande du marché. Dans le cas d’investissements boursiers, un fort potentiel de profits ou de croissance à l’avenir fera monter le prix des actions. Par conséquent, les perspectives d’avenir des actions sont généralement prises en compte dans leur prix.
En ce qui concerne le rôle de l’adresse, ces trois catégories de jeux se chevauchent de façon considérable. Dans les trois cas, l’estimation qui sert à compenser les éléments non aléatoires d’un jeu étant subjective, elle n’est pas exacte à 100 %. Une personne astucieuse saura profiter des occasions où un bookmaker se trompe sur la cote et où d’autres joueurs ont tort dans leur conjecture collective. Les personnes qui suivent de très près un jeu peuvent obtenir un avantage sur les autres. En outre, tous les joueurs n’ont pas les mêmes connaissances de la valeur véritable d’un pari. Quoique le fait de devancer les autres joue un rôle dans les paris sportifs et les paris sur courses de chevaux, ce n’est pas entre joueurs individuels que se déroule la vraie bataille, mais bien entre un joueur et le reste du « marché ». Le Poker et les dominos comprennent également des facteurs qui affectent la capacité d’un joueur de gagner. Dans tous les cas, la clé du succès à long terme est l’information. Armé de beaucoup de données (p. ex., parties nulles, cotes et stratégies passées ; informations provenant d’initiés), un joueur peut réaliser un profit à condition que les autres joueurs qui possèdent les mêmes renseignements soient peu nombreux.
Systèmes pour les jeux d’adresse
Par définition, ce genre de jeu exige de l’adresse de la part du joueur, et donc il serait plus correct d’utiliser le mot habileté, et non pas système, en parlant ici de stratégies de jeu optimales. La logique d’un système de jeu de hasard et celle d’un système de jeu d’adresse se ressemblent souvent. Les systèmes conçus pour détecter la présence de biais et des schémas dans les jeux de hasard pur reposent sur une logique semblable à celle du comptage de cartes, méthode rendue efficace par le changement constant dans la distribution des cartes qui restent dans un jeu.
Dans les jeux axés sur l’adresse, la clé de tout système et de toute habileté est l’information. Les joueurs chevronnés savent comment obtenir des renseignements et comment les interpréter correctement. Les joueurs moins expérimentés soit ne possèdent pas ces renseignements, soit ne savent pas comment en tirer tout le potentiel. Un joueur doit également affronter ce qui à la bourse s’appelle l’efficience du marché. Un marché est efficient lorsque tout renseignement sur un produit quelconque est immédiatement absorbé dans le prix de ce produit. Une fois connu de tous, ce renseignement ne fournit plus aucun avantage. Il n’existe pas de marché réellement efficient, mais un spéculateur à l’affût d’occasions doit d’abord pouvoir posséder un renseignement qu’ignore le reste du marché. Les meilleures occasions proviennent d’informations d’initiés, mais tout comme dans le cas des opérations boursières, il est généralement illégal d’utiliser de telles informations dans les jeux de hasard.
Les jeux d’adresse attirent les joueurs habiles, et certaines personnes font même carrière en tant que joueurs professionnels. Beaucoup de joueurs habiles sont aussi obsédés par le jeu que le sont les personnes ayant un diagnostic de jeu pathologique. La différence est que les joueurs habiles ne misent pas impulsivement, mais choisissent judicieusement où placer leurs paris (Turner et Fritz, 2002). Outre la capacité d’obtenir des renseignements et de les interpréter correctement, la capacité de contrôler ses émotions est aussi un facteur clé dans les jeux de hasard. Dans tous ces jeux, les joueurs qui réussissent sont ceux qui savent éviter non seulement le sentiment de désespoir qui accompagne une longue suite de pertes, mais aussi le sentiment d’être imbattable qui accompagne une bonne passe. Les joueurs habiles fondent leurs décisions sur la cote du jeu plutôt que sur leurs instincts. Ils pratiquent également l’autodiscipline et ils gèrent leur argent ou leur mise de fond (Warren, 1996). Nombre de joueurs moins habiles utilisent eux aussi ces stratégies avec plus ou moins de succès. Turner et Fritz (2002) expliquent comment même un joueur très habile peut perdre en fin de compte. Un joueur ne peut gagner à long terme que s’il se mesure à des joueurs moins habiles que lui.
Chaque jeu qui exige un certain degré d’adresse possède un système unique à lui. Les sections 5, 6 et 7 qui suivent aborderont, dans l’ordre, le Blackjack, le Poker et les jeux de probabilité subjective.
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