Le jeu problématique est un problème familial

Songez à inclure la conjointe ou le conjoint de la personne qui joue dans les discussions ou organisez-vous pour rencontrer la famille séparément. Souvent, les membres de la famille de la personne qui joue sont plus disposés à discuter des effets du jeu que la personne elle-même. Votre évaluation du problème de jeu peut être fondée sur ce qu’un membre de la famille vous dit.

Beaucoup de conjoints ignorent que le jeu est devenu un problème jusqu’à ce qu’éclate la crise. Il se peut également qu’ils ne veuillent pas que leur conjointe ou conjoint sache tout ce qui se passe. Il s’agit alors pour vous de concilier d’une part l’idée que le secret favorise le jeu et d’autre part la nécessité de bâtir la confiance et votre responsabilité de respecter des renseignements confidentiels.

Les émotions peuvent être intenses

Passer en revue la situation de la famille peut être une expérience traumatisante pour la personne qui joue et sa conjointe ou son conjoint. C’est peut-être la première fois que le client reconnaît toute l’étendue des pertes subies à cause du jeu. Pour sa conjointe ou son conjoint, cette situation peut se solder par une perte de confiance, une très grande contrariété et beaucoup de colère. Cela peut être un défi pour le professionnel en relation d’aide.

Prenez le temps de fournir des renseignements, du soutien et de l’encouragement pour que les deux parties puissent se sentir à l’aise dans leur recherche de counseling. Cette étape peut se faire avec ou sans la personne qui joue. Lorsqu’un membre de la famille demande de l’aide, cela suscite souvent l’espoir et incite la personne qui joue à agir. Les enfants peuvent avoir besoin d’aide pour comprendre qu’ils ne sont pas responsables des problèmes que connaît leur famille et ils peuvent avoir besoin d’être encouragés à laisser aller ce sentiment de responsabilité.

Protéger les finances de la famille

Les familles voudront peut-être aider en remboursant les dettes de jeu. Cette façon de procéder est risquée. Une fois les problèmes d’argent réglés, le client voudra peut-être recommencer à jouer sachant que s’il a des ennuis quelqu’un s’occupera de l’en sortir. Les professionnels pourront encourager les familles à prendre des dispositions pour protéger leurs avoirs avec l’aide d’un conseiller financier. La famille aura peut-être besoin aussi de conseils juridiques pour déterminer quelles dettes appartiennent à la famille (p. ex., prêts signés par les deux conjoints) et lesquelles appartiennent à la personne qui joue. La liste des ressources énumère les services juridiques offerts en Ontario.

Inciter le client à demander de l’aide

Lorsque la vie d’un client est devenue intenable, il peut être approprié pour le professionnel de chercher plus activement une solution au problème du client. Le défi consiste à établir un équilibre entre l’aide que peut apporter le professionnel d’une part et le contrôle et la responsabilisation du client d’autre part.

Les spécialistes en jeu problématique ont établi un certain nombre de principes de counseling et de pratiques optimales qui sont particulièrement efficaces pour traiter les problèmes de jeu et qui peuvent compléter votre travail.

Motiver le client à changer

Aider le client à se motiver est un aspect important du counseling. Les personnes qui jouent sont aux prises avec des motivations contradictoires. Il se peut qu’elles veuillent arrêter de jouer, mais ne veulent pas abandonner l’espoir de gagner gros. Il est possible qu’elles considèrent encore le jeu comme une solution à leurs problèmes ou qu’elles craignent le vide que le fait de ne plus jouer va laisser.

L’entrevue motivationnelle aide les clients à reconnaître leurs problèmes liés au jeu et à prendre des mesures pour les régler. Par une exploration en douceur et une présentation de faits, les conseillers aident les clients à tirer leurs propres conclusions. Les principes motivationnels comprennent ce qui suit :

Témoigner de l’empathie

Une approche respectueuse et humaine facilite l’ouverture :

« Vous devez vous sentir écrasé par toutes les difficultés auxquelles vous faites face. Comment avez-vous réussi à passer au travers pendant si longtemps ? »

Par le processus d’entrevue, reconnaissez les difficultés avec lesquelles les clients sont aux prises et les efforts qu’ils ont faits pour régler leurs problèmes. L’ambivalence face au changement est normale.

Aider le client à voir les conséquences de ses habitudes de jeu

Créez une disparité entre le fait de continuer à jouer et la réalisation d’objectifs importants que le client s’est fixés, comme payer ses dettes ou améliorer ses relations familiales ou sa santé.

« Je ne comprends pas. Vous avez dit que vous vouliez réparer les pots cassés dans votre famille, mais vous me dites que vous sortez jouer tous les soirs. »

Il est important que le professionnel ne porte pas de jugement lorsqu’il souligne ces écarts. Si les clients se sentent attaqués ou confrontés, ils peuvent se replier sur eux-mêmes ou se mettre sur la défensive. Essayez d’adopter une attitude de curiosité.

Éviter d’argumenter

Il n’est pas utile d’argumenter ; le client peut se mettre sur la défensive.

  • Donnez des renseignements pour que les clients puissent tirer leurs propres conclusions et trouver leurs propres raisons de changer.
  • Si votre approche ne donne pas de résultats, changez-la.
  • Il n’est pas utile d’appeler le client un « joueur à problèmes ».

Ne pas s’opposer à la résistance

Acceptez le droit du client de choisir :

« Vous pourrez prendre une décision après notre discussion et après avoir examiné les avantages et les inconvénients de ne pas changer. C’est votre choix. Si vous souhaitez vous attaquer à ces problèmes, je suis là pour vous aider. »

Favoriser la compétence personnelle

  • Aidez les clients à trouver leurs propres solutions.
  • Dites aux clients que vous croyez qu’ils peuvent changer, s’adapter et surmonter les obstacles sans jouer. Donnez des exemples de personnes qui y sont parvenues.
  • Faites correspondre votre intervention à l’étape du changement où se situe votre client (voir la prochaine section du chapitre).