Adieu, chutes de Niagara !
(Submitted August 18, 2009)
Les chutes de Niagara... l’une des sept merveilles du monde. Que d’eau ! Elles sont si vertigineuses qu’il est impossible d’en dissocier la vue du son. Juste en face, j’aperçois l’une des « merveilles » de mon monde à moi : le CASINO de NIAGARA. De loin, on peut distinguer sa pseudo‑tour et son enseigne « CASINO », mot qui vous pénètre dans la tête avec ses lettres rouge vif. Mon regard vacille entre l’immensité d’eau et l’enseigne rouge vif, allant de l’une à l’autre sans arrêt, comme lors d’un match de tennis. D’un côté, la puissante beauté de la nature. De l’autre, l’irrésistible tentation du jeu.
Debout, je me rends compte à quel point ces deux entités d’apparence si différente se ressemblent. Ce fleuve peut vous emporter en un clin d’oeil – le même effet qu’a sur moi ce casino.
Tandis que près de moi, des enfants crient avec effroi en contemplant l’abîme qui s’ouvre devant eux, je fixe des yeux ce mot – CASINO – avec autant d’effroi, m’imaginant en train de pénétrer dans l’immeuble qu’il désigne. Les touristes qui me côtoient, admirant pour la première fois de leur vie ce phénomène naturel tant imaginé, sont visiblement excités. Je le suis tout autant qu’eux, mais pour la raison contraire : mon coeur s’emballe à la pensée que je n’aurai peut-être plus jamais à revoir ce lieu. Je décide sur le champ que le moment est venu de dire mes adieux à cet endroit qui, jadis, était mon refuge.
Sentant que mes adieux méritent d’être faits sans empressement et dans l’intimité, je m’éloigne des chutes et me dirige vers le casino. Je ressens le besoin de m’en rapprocher physiquement et, en même temps, de maintenir une certaine distance pour rester hors de tout danger. Je m’assois donc dans le parc de stationnement d’un motel situé en face de l’entrée du casino. J’ai besoin de voir son entrée, de m’assurer que, quel que soit mon choix de mots d’adieux, ces mots pénétreront par les portes ouvertes du casino, et qu’ainsi je me ferai entendre. Assis, je me prépare mentalement. Le temps passe, les mots ne me viennent pas. Je commence à me sentir frustré. J’ai beau avoir passé trois ans à préparer mes adieux, le moment venu, la parole m’échappe.
C’est alors que, puisant dans deux longues années de thérapie, je prends quelques grandes respirations et je décide qu’à défaut de mots, je me laisserai guider par mes émotions. Je ferme les yeux, j’attends. J’attends que la colère, la peur et la tristesse m’envahissent, comme elles doivent le faire tôt ou tard. Après tout, ne suis‑je pas en train de briser une relation de longue date qui, à certains moments de ma vie, était tout pour moi ? Je sens les larmes monter, mais ce sont des larmes ni de colère, ni de peur, ni de tristesse. Ce sont des larmes de paix. Dieu vient de m’accorder la sérénité et la sagesse que je lui avais demandées et dont j’avais besoin pour comprendre que cette période de ma vie doit se terminer. J’ouvre les yeux et je vois des joueurs entrer et sortir par les portes du casino. C’est alors qu’une grande tristesse s’empare de moi. Elle n’est pas pour moi, cette tristesse, mais pour tous ceux qui sont en proie aux sentiments qui m’assaillaient jadis. J’attends que s’ouvrent de nouveau les portes du casino, puis tout à coup les mots surgissent en moi : « Merci, mon Dieu ! »